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| Naissance | Kensington (Londres) |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Helen Beatrix Potter |
| Nationalité |
britannique |
| Domicile |
Angleterre |
| Formation |
Gouvernance (- |
| Activités |
Conservationniste (- |
| Période d'activité |
- |
| Père |
Rupert Potter (d) |
| Mère |
Helen Leech (d) |
| Fratrie |
(Walter) Bertram Potter (d) |
| Conjoint |
William Heelis |
| Propriétaire de |
Hill Top |
|---|---|
| Genre artistique |
Conte merveilleux |
| Influencée par |
Randolph Caldecott |
| Site web | |
| Archives conservées par |
Free Library of Philadelphia (RBD/BP) Victoria and Albert Museum (BP) |
Helen Beatrix Potter, simplement appelée Beatrix Potter, née à Londres le et morte à Sawrey, dans le comté de Cumbria dans le Lake District le , est une écrivaine, illustratrice et naturaliste britannique. Elle est principalement connue pour ses livres destinés à la jeunesse mettant en scène des contes animaliers avec des illustrations emblématiques.
Elle a écrit et illustré 28 livres, dont ses 23 Contes qui se sont vendus à plus de 250 millions d'exemplaires dans le monde ; le plus connu est The Tale of Peter Rabbit (Pierre Lapin), traduit en plus de 45 langues et vendu à 45 millions d'exemplaires.
Vers la fin de sa vie, elle se voue à l'agriculture et l'élevage de moutons et contribue à la protection de milliers d'hectares de terres dans le Lake District.
Beatrix Potter est née le au 2, Bolton Gardens, dans une maison cossue du quartier sud de Kensington à Londres en Angleterre.
Elle est la fille de Rupert Potter et Helen Leech et l'aînée de son frère Walter Bertram né en 1872.
Ses parents sont tous deux issus de familles de la bourgeoisie enrichie par l'industrie cotonnière du Lancashire. Son grand-père paternel, Edmund, est un député libéral de Carlisle. Il a fait fortune dans l'imprimerie mécanisée de calicot à Dinting Vale, à Glossop dans le Derbyshire. Il est le cofondateur de l'École de design de Manchester (en).
Son grand-père maternel, John Leech, un marchand, est héritier d'une filature de coton à Stalybridge, dans le Cheshire. Sa grand-mère, Jane Leech, est une excellente brodeuse dont Beatrix hérite du carnet de broderie.
Son père, Rupert est un riche avocat féru d'art. Il tient dans sa jeunesse un carnet de croquis d'études de la nature, de paysages, de caricatures et de reproductions d'illustrations. Photographe amateur, un art nouveau pour lequel il se passionne, il est élu membre de la Société photographique de Londres en 1869. Il réalise de nombreux clichés de la famille et de Beatrix, qu'il initie à son art et qui hérite de son matériel photographique.
Sa mère, Helen, aime peindre à l'aquarelle.
Beatrix est éduquée à domicile jusqu'à l'âge de 19 ans par des gouvernantes, dans la demeure familiale élégante de South Kensington à Londres. La maison familiale, au 2 Bolton Gardens, à Kensington, est un immeuble neuf cossu de quatre étages. Les Potter y emploient un majordome, une cuisinière, une gouvernante, un cocher et un palefrenier.
Beatrix y vit dans la chambre d'enfant au troisième étage avec sa nourrice. Durant les premières années de sa vie, elle voit peu ses parents et ses contacts avec d'autres enfants sont limités. À Londres, elle ne connaît guère le monde extérieur en-dehors de sa promenade quotidienne dans les jardins de Kensington avec sa nourrice. La famille rend cependant fréquemment visite à sa grand-mère à Hatfield, dans le Hertfordshire, dans une maison entourée d'un vaste jardin et d'un grand domaine de 120 hectares et passe chaque année deux semaines au printemps au bord de la mer et près de trois mois en été en location dans un domaine en Écosse ou en Cumbria. Elle grandit isolée jusqu'à l'âge de six ans, à la naissance de son unique frère, Bertram, avec qui elle partagera l'amour de la nature et de l'art.
Elle partage de nombreuses activités avec Bertram dès que celui-ci est en âge de jouer. Ils passent tous les deux des heures à observer une petite ménagerie installée dans leur salle de classe et constituée de grenouilles, de salamandres, d'une tortue, de chauves-souris, de souris et de lapins. Ils possédent également une collection d'insectes, de coquillages, d'?ufs d'oiseaux, de pierres et de fossiles conservés dans une vitrine de leur chambre.
Leurs parents leurs transmettent l'amour de l'art et des activités artistiques et les emmènent aux expositions de la Royal Academy. Ses grands-parents paternels possèdent une maison près de Hyde Park qui lui donnent l'occasion d'aller nager dans l'étang de Kensington Gardens et de visiter le zoo de Regent's Park.
Elle est encouragée dès son plus jeune âge à dessiner d'après nature ou en copiant des illustrations, et tient des carnets de croquis dès l'âge de huit ans. La famille se rend chaque année jusqu'en 1881 dans le Perthshire en Écosse, où elle réalise des dessins naturalistes des chenilles et d'oeufs d'oiseaux.

Pour son dixième anniversaire, lors de vacances en Écosse en 1876, Beatrix reçoit un exemplaire d'un livre d'aquarelles de Jemima Blackburn publié en 1868, « Birds Drawn From Nature ». L'écossaise, une des artistes ornithologiques les plus respectées de son époque et présentée à la reine Victoria, est l'amie et l'élève de John Ruskin et de Sir Edwin Landseer qui encouragent son talent. Ce recueil d'oiseaux dessinés d'après nature contribue à nourrir la passion naissante de Potter pour le dessin animalier. Les deux femmes se rencontrent en 1891 et 1894 et Potter est aussi impressionnée par la personnalité de Blackburn que par sa peinture, écrivant plus tard dans son journal : « Cela faisait longtemps que personne ne m'avait autant marquée ». Bien qu'elle la considère comme une « une observatrice perspicace et intelligente, dotée d'un ?il aiguisé pour la beauté de la nature », Potter considère cependant que les oiseaux de Jamima Blackburn « ne se tiennent pas aussi bien sur leurs pattes » que ceux de l'ornithologue Thomas Bewick, dont elle estime cependant qu'il est son seul véritable rival. Elle créera en 1908 le personnage de « Jemima Puddle-Duck » en hommage à l'artiste écossaise qui a joué un rôle déterminant dans ses débuts comme écrivaine et illustratrice. Jemima Blackburn décède l'année suivante à l'âge de 86 ans.
Le peintre préraphaélite John Millais est un ami du père de Beatrix. Son atelier est situé près de la maison de la famille Potter et Rupert l'aide en lui fournissant des photographies de ses modèles et ses paysages comme images de référence pour ses peintures.
Millais encourage Beatrix à poursuivre ses activités de dessinatrice. Beatrix est littéralement en adoration devant son tableau Ophelia qui est à ses yeux « une des plus merveilleuses peintures au monde ».
En 1887, son frère Bertram entre en pensionnat. Beatrix a 21 ans, elle poursuivit seule sa scolarité à la maison et étudie la géométrie, la géographie, le français, l'allemand et la poésie latine. De à , elles suit des cours de dessin et de peinture à la National Art Training School, une école d'art alors rattachée au South Kensington Museum, futur Victoria and Albert Museum. Elle émet des réserves sur l'enseignement artistique qu'elle y reçoit et écrit dans son journal le : « La peinture est difficile à enseigner, hormis les détails techniques. Si vous et votre professeur êtes déterminés à aborder la nature et l'art sous deux angles différents, vous êtes sûrs de vous enliser. ». Elle continue sa formation artistique de manière informelle en copiant des ?uvres de grands maîtres. Elle fréquente régulièrement le musée de South Kensington où elle copie des ?uvres de Constable et des estampes qu'elle consulte à la bibliothèque, visite l'exposition d'hiver de la Royal Academy en 1883 où elle est émerveillée par les tableaux de Van Dyck, fréquente des galeries d'art et consigne ses observations critiques dans son journal.

Après des séjours réguliers à Dalguise House dans le Perthshire en Écosse pendant son enfance, la famille installe ses quartiers d'été à partir de 1882 dans le Lake District, au nord de l'Angleterre.
D'abord à Wray Castle, près d'Ambleside, où Beatrix y poursuit l'étude de la nature qu'elle avait commencé en Écosse : herbier, collection de fossiles ou d'insectes, approfondissant ses connaissances scientifiques. C'est à Wray Castle en 1883 que Beatrix, à l'âge de 16 ans, fait la rencontre déterminante du pasteur anglican Hardwicke Rawnsley avec qui elle entretient des relations amicales toute sa vie. Connu pour son action sociale dans ses différents ministères à Londres et Bristol, il ?uvre pendant 34 ans comme vicaire dans le Lake District où il milite pour la protection de l'environnement et le bien-être de la population locale. Surnommé le « Défenseur des Lacs », ami de Ruskin, sa conviction de préserver le paysage naturel afin que tous puissent en profiter l'amènera à cofonder en 1895 le National Trust. Il encourage Beatrix Potter à poursuivre son travail de dessin naturaliste et ses recherches sur les animaux et les plantes et lui conseille de fréquenter le British Museum. Grand voyageur et auteur, il l'aidera à publier son premier livre, L'Histoire de Pierre Lapin.

À partir de 1885 et jusqu'en 1907, c'est à Lingholm, une immense demeure bâtie par l'architecte Alfred Waterhouse située à Portinscale près de Keswick dans le comté de Cumbria, dans le Lake District, que Beatrix Potter passera une dizaine d'étés. Arrivée pour la première fois dans cet endroit à l'âge de 19 ans, elle est fascinée par la nature qui borde le lac Derwentwater. Elle y trouvera l'inspiration pour plusieurs de ses contes les plus célèbres. Le potager de Lingholm est la source d'inspiration du jardin de M. McGregor dans L'Histoire de Pierre Lapin. L'Histoire de Benjamin Lapin est, elle, inspirée de Fawe Park, un endroit proche de Lingholm où elle a également séjourné.
De l'âge de 14 à 32 ans, Beatrix Potter tient des journaux intimes rédigés dans un langage codé utilisant un système de chiffrement qu'elle avait elle-même inventé. Un mois avant sa mort, dans une lettre du 15 novembre 1943 à sa cousine Caroline Clark, Beatrix révèle qu'elle avait utilisé « une sorte de sténographie chiffrée que je suis désormais incapable de déchiffrer, même avec une loupe ».
En 1952, la cousine de Beatrix Potter, Stephanie Duke, découvre à Castle Cottage, la maison de Beatrix près de Sawrey, dans le Lake District, un paquet de feuilles volantes et de cahiers d'exercices écrits en code. Cette douzaine de cahiers et autres fragments s'avèrent être son journal intime secret, écrit en code entre l'âge de 14 et 32 ans. Le 20 février 1952, Stephanie Duke rend visite à sa maison de Buckhurst Hill, dans l'Essex, au collectionneur Leslie Linder et l'invite à venir voir ce qu'il peut déchiffrer dans ces manuscrits. Il va consacrer six ans de recherches sans arriver à percer le code. Au printemps 1958, sur le point d'abandonner, il remarque dans une phrase les chiffres romains « XVI » et le nombre « 1793 ». Partant de l'idée qu'il s'agit là d'une date, Linder recherche un fait historique qui s'y rattache et réalise qu'il s'agit de l'exécution de Louis XVI. Un long mot contenant le caractère « x » encadré par deux caractères identiques lui semble pouvoir représenter le mot « exécution ». À partir de là, il ne lui faut que quelques heures pour comprendre le sens de la phrase et déchiffrer ensuite une grande partie de l'alphabet. Le code employé est un alphabet de substitution utilisant des caractères issus de plusieurs alphabets, dont le grec et le cyrillique, ainsi que des chiffres. Certains mots sont abrégés et peuvent désigner plusieurs éléments comme « gr » pour grand-mère ou grand-père. Des chiffres peuvent représenter des mots courants comme le chiffre « 3 » pour « le », ou des syllabes ou mots homonymes comme « 2 » à la place de « two », « to », « too » et « 4 » pour « for » ou « four » donnant par exemple « 4get » au lieu de « forget » et « 2gether » pour « together ».
Des années plus tard, en 1966, pour le centenaire de la naissance de Beatrix Potter, Linder est enfin en mesure de publier le contenu des carnets cryptés. The journal of Beatrix Potter : 1881-1897 (Le Journal de Beatrix Potter 1881-1897) dévoile quinze ans de réflexions de la jeune femme sur l'art, la science et la vie. Il semble qu'elle ait commencé à tenir son journal dès l'âge de 14 ans, vers 1880, et la dernière entrée complète date de 1897, au moment où elle achève son article scientifique sur les champignons, un manuscrit aujourd'hui perdu. L'hypothèse généralement retenue pour ce recours à un langage codé pour écrire son journal est qu'elle voulait préserver ses écrits d'une lecture indiscrète par ses parents ou le personnel de services, car ils contenaient entre autres des anecdotes indiscrètes ou des opinions affirmées sur ses proches et ses connaissances. Ces journaux intimes sont une révélation, dévoilant les observations, réflexions et traits d'humour de l'autrice dans des écrits qu'elle pensait ne jamais devoir être lus un jour.
Dans sa publication, Linder inclut un alphabet indiquant la correspondance lettre par lettre du code, ce qui permet ultérieurement de traduire des fragments de manuscrits codés inédits découverts dans son bureau à Hill Top. Mais malgré la table alphabétique de Linder, certains passages restent trop difficiles à déchiffrer. Ces carnets sont conservés dans les collections du National Trust auquel Beatrix Potter a légué ses biens. Une version enrichie de l'ouvrage de Linder est publiée en 2016 sous le titre Beatrix Potter's Secret Code Breaker : The Tale of Leslie Linder.

Durant sa vingtaine, Beatrix développe un intérêt pour l'archéologie et les fossiles. Elle étudie les plantes et les animaux au Muséum d'histoire naturelle et apprend à dessiner précisément ce qu'elle observe au microscope. Mais dès le milieu des années 1880, elle se passionne surtout pour la mycologie. Elle est soutenue par un ami de la famille qu'elle connaît depuis la petite enfance, le mycologue et naturaliste Charles McIntosh (en). Celui-ci l'encourage dans cette voie, lui fournit des spécimens de champignons, l'aide à identifier les espèces, détecte son remarquable talent de dessinatrice et la guide dans ses illustrations. Elle réalisera plus de 350 illustrations de champignons au cours de sa vie.
Pendant des années, elle récolte des spécimens, les dissèque, les dessine dans les moindres détails et développe bientôt une théorie sur la propagation des lichens. Sur la base de son journal, rédigé en code et traduit et publié dans les années 1960, des historiens ont conclu que Beatrix Potter, en avance sur son temps, théorisait une association lichénique mutualiste entre algues et champignons. Cependant, la critique moderne a estimé qu'une note de bas de page de son journal avait été mal traduite, faisant l'objet d'un malentendu, et en a conclu que Beatrix Potter partageait en fait l'opinion de nombreux mycologues de la fin du XIX siècle, à savoir que les lichens étaient des organismes autonomes. Mais dans un papier publié en 2000 dans la revue de la Linnean Society of London, Roy Watling a confirmé qu'elle faisait partie de cette frange étroite de chercheurs qui croyaient dans la théorie des organismes duels.
Son oncle, le chimiste Sir Henry Enfield Roscoe, obtient qu'elle soit présentée le 19 mai 1896 au directeur des Jardins botaniques royaux de Kew, William Thiselton-Dyer, et à d'autres botanistes, dans le but d'obtenir l'autorisation d'étudier l'herbier. On sait par son journal que, malgré ses talents de naturaliste et d'illustratrice botanique et son désir de se consacrer à la science, elle est éconduite lors de cette rencontre à la prestigieuse institution. Elle écrit à propos de celui qu'elle traite de « pape des plantes » : « J'imagine qu'il est quelque peu misogyne, à en juger par les jeunes filles du jardin obligées de porter des knickerbockers, mais il est odieux pour une personne timide d'être traitée de prétentieuse, surtout lorsqu'elle a raison et qu'elle est tentée de faire preuve d'insolence. ».

Elle a l'occasion de s'entretenir avec George Massee (en), conservateur des cryptogames aux Jardins botaniques royaux de Kew depuis 1893. Ce spécialiste, auteur de nombreux articles et conférences sur les champignons, fondateur en 1896 de la British Mycological Society, apprécie son sens de l'observation et la précision de ses illustrations de champignons mais ne partage pas son point de vue.
Mycologue compétente, Beatrix Potter connaît la Mycologia Scotica rédigée par John Stevenson (en) en 1878, mais estime les travaux d'Oscar Brefeld peu fiables. En 1896, elle cultive des spores sur des plaques de verre qu'elle observe au microscope et formule des théories sur leur germination. Pendant une année, elle rédige longuement le manuscrit d'une étude mycologique pour laquelle elle ne retient, parmi une cinquantaine d'espèces différentes, que celle de Collybia velutipes. En décembre 1896, dans une lettre à Thiselton-Dyer, elle lui demande de bien vouloir examiner ses dessins et son article sur les champignons, bien que ses recherches « contredisent M. Massee », qui, écrit-elle, « s'opposait à mes lames ». À la lecture de son manuscrit, Thiselton-Dyer, qui est l'un des membres les plus éminents de la Société linéenne, le qualifie sans ménagement de « fouillis » et de « découvertes insignifiantes ». De cette rencontre, Beatrix Potter écrit dans son journal : « Je lui ai fait savoir que tout cela serait publié dans les livres dans dix ans, que ce soit vrai ou non, et je suis partie en riant. ».
Début 1897, elle soumet sous le nom de « Helen B. Potter », à la Linnean Society of London, son manuscrit pour un article intitulé On the Germination of the Spores of the Agaricinea (Sur la germination des spores des Agaricineae). Son étude est présentée le à la Linnean Society. Les femmes ne pouvant être ni membres de la société, ni accéder à la bibliothèque, assister à des réunions ou présenter des communications, c'est George Massee qui présente le manuscrit. Ceux-ci sont habituellement lus devant la société par une personne autre que l'auteur, généralement un spécialiste du domaine concerné. Son manuscrit est discuté et des corrections et travaux supplémentaires avant publication sont demandés. Le , Beatrix Potter retire l'article, mais n'effectuera pas les corrections par la suite et ne soumet plus jamais l'article à la société.
Le traitement qu'a réservé le milieu académique à Beatrix Potter a fait l'objet de nombreuses études, et elle est considérée comme la victime de l'ostracisme d'une communauté scientifique en tant que femme. La Linnean Society of London, qui n'acceptera des femmes comme membres de la Société qu'à partir de 1905, reconnaît un siècle plus tard, en 1997, par la voix de son secrétaire exécutif, le D John Marsden, que Beatrix Potter a subi une injustice de la part de ses prédécesseurs : « Elle a été traitée avec mépris par les membres de la société. La seule consolation est que si elle était devenue scientifique, elle n'aurait peut-être jamais écrit ses livres. »
L'article ayant été retiré, et une version corrigée pour publication n'ayant jamais été renvoyée, la Linnean Society of London n'a pas conservé de version de son manuscrit dans ses archives.
En 1890, sur le conseil d'Hardwicke Rawnsley, elle crée, à partir de ses dessins d'animaux et de plantes, ses premières cartes de v?ux. Elle les envoie à Hildesheimer & Faulkner (en) , un éditeur londonien spécialisé dans les cartes de v?ux et de Noël. L'éditeur, conquis, lui envoie un chèque de 6 £ et lui commande d'autres dessins. Elle illustre pour lui un recueil de comptines de Frederic Weatherly (en), A Happy Pair. Une partie de cet argent lui permet d'acheter le lapin Peter Piper.

En 1883, « A Frog He Would A-Wooing Go », une histoire de l'illustrateur Randolph Caldecott, est publié par Edmund Evans chez George Routledge. En février 1884, Rupert Potter, le père de Beatrix, grand amateur de pêche à la ligne et collectionneur d'art, achète deux dessins originaux à la plume et à l'encre réalisés par Caldecott pour ce livre. Beatrix est inspirée par le personnage de grenouille gentleman de Caldecott, et crée un personnage de grenouille dans une lettre illustrée qu'elle envoie en septembre 1893, de son lieu de vacances près de River Tay en Écosse, à Eric Moore, un des enfants de son ancienne gouvernante. En 1894, elle produit neuf dessins pour une histoire qu'elle appelle « A Frog He Would A-Fishing Go ».
Elle contacte la maison d'édition Ernest Nister pour la publication du livret. Mais l'éditeur décline l'offre et lui répond : « J'ai quelques doutes quant à notre capacité à les accepter. Nous ne pouvons certainement pas en faire un livret, car les grenouilles ne sont plus à la mode. La seule façon de les utiliser serait en double page dans notre Annual ... ». Beatrix Potter négocie alors avec l'éditeur qui acquiert la plupart de ses dessins pour publication. Il en fait paraître une partie en mars 1895 dans le Nister's Holiday Annual pour illustrer des vers de Clifton Bingham et publie la courte histoire illustrée « A Frog He Would A-Fishing Go » en 1896 dans le recueil Comical Customers at the New Stores of Comical Rhymes and Stories.
En 1902, suite au succès de Peter Rabbit, Beatrix Potter decide de réécrire l'histoire de la grenouille pêcheuse pour la publier en livre et rachète les droits d'auteur et les clichés des neufs illustrations à Ernest Nister. Elle développe l'histoire et la publie en 1906 sous le titre de « The Tale of Jeremy Fisher ».

C'est dans une lettre illustrée adressée le 4 septembre 1893 à Noel, le fils de cinq ans de son amie et ancienne gouvernante, Annie Carter Moore, que Beatrix Potter crée la première fois le personnage de « Pierre Lapin ».
Annie Carter était devenue la gouvernante de Beatrix Potter lorsque celle-ci avait 17 ans. À peine plus âgée qu'elle - elle n'a que 20 ans - elle est chargée de lui apprendre l'allemand et lui tenir compagnie. Les deux jeunes filles ont des centres d'intérêt communs et discutent pendant des heures lors de promenades dans les parcs londoniens. Annie Carter se marie deux ans plus tard et s'établit à Londres dans le quartier de Bayswater puis près de Wandsworth Common. Les deux amies restent en lien et Beatrix rend souvent visite à Annie qui aura bientôt huit enfants dont la dernière portera le prénom de Beatrix, sa marraine. Lors de ses visites, Beatrix apporte des choses originales comme une cage de souris blanches qu'elle fait courir dans le salon ou des habits de soirée pour les deux petits derniers.
Entre 1892 et 1897, Beatrix Potter envoie de nombreuses lettres illustrées aux enfant d'Annie Carter Moore, dont certaines sont le point de départ de futures publications de contes. En ce mois de septembre 1893, le petit Noel se remet d'une scarlatine et Beatrix compose pour lui une histoire inspirée par son propre lapin de compagnie, Peter Piper, à qui elle donne la parole : « Je ne sais pas quoi t'écrire, alors je vais te raconter l'histoire de quatre petits lapins, qui s'appelaient Flopsy, Mopsy, Cottontail et Pierre? ».
Le lendemain, elle envoie une autre lettre illustrée à son frère Eric, avec une grenouille qui donnera naissance à l'histoire de « Monsieur Jérémy Pêcheur » (The Tale of Mr. Jeremy Fisher) qui paraîtra en 1906. Plus tard, leur soeur Norah reçoit une lettre avec des dessins et l'histoire d'un écureuil impertinent nommé Noisette, qui donnera naissance au conte « Noisette l'écureuil » (The Tale of Squirrel Nutkin) publié en 1903 juste après Pierre Lapin, et Eric l'histoire du cochon Robinson qui deviendra « Petit cochon Robinson » (The Tale of Little Pig Robinson) publié en 1930 seulement. Des lettres illustrées sont également envoyées par Beatrix à Frida et Marjorie Moore.
Les enfants apprécient particulièrement ces histoires que leur mère leur lit, et en 1900, c'est Annie Moore qui suggère à Beatrix que ses lettres illustrées pourraient servir à la publication d'albums pour enfants. La famille avait conservé précieusement les lettres et Potter put les leur emprunter pour les recopier et retravailler son texte et ses illustrations. Elle en fait en premier l'histoire de Pierre Lapin, l'un des personnages de la première lettre illustrée envoyée à Noel. Cette histoire allait devenir le sujet de son premier livre publié en 1902 sous le titre de The Tale of Peter Rabbit / Le conte de Pierre Lapin.
Elle fabrique elle-même à la main la maquette du premier livre avec un modèle de petit format adapté aux mains enfantines. Les livres de petit format se développent à cette époque et Beatrix souhaite s'inscrire dans cette nouvelle tendance qui rompt avec les grands formats luxueux de livres pour enfants. Le secteur du livre pour enfants devient très concurrentiel et des centaines d'ouvrages sont publiés chaque année. Helen Bannerman publie avec succès en 1899 The Story of Little Black Sambo (en), un des premiers best-sellers de la littérature pour enfants dans ce type de format, mais il s'agit d'histoires dérivées de récits célèbres. Beatrix conçoit, elle, une histoire originale et choisit de l'inscrire dans ce type de format qui était aussi en vogue pour la littérature et la poésie. Elle se défendra plus tard contre ce qu'elle estimait être des accusations de plagiat de Sambo.
Si Potter opte pour petit format, c'est pour qu'il tienne dans les mains d'un enfant, elle souhaite qu'il soit illustré en noir et blanc seulement afin de réduire les coûts, mais avec une illustration sur chaque page pour mieux captiver les jeunes lecteurs.
Elle propose son manuscrit à au moins six éditeurs, mais tous refusent. Elle décide alors de le publier à compte d'auteur et commande un premier tirage de 250 exemplaires en septembre 1901 pour un coût de 11 £. Le 16 décembre 1901, Strangeways & Sons imprime 250 exemplaires de L'Histoire de Pierre Lapin dont les illustrations en noir et blanc sont réalisées par l'Art Reproduction Company de Fetter Lane. Seuls les frontispices sont imprimés selon un nouveau procédé de trichromie par Hentschel de Fleet Street. Elle fait acheter les premiers exemplaires par des membres de sa famille, mais les livres déposés dans les librairies locales disparaissent rapidement, l'auteur de Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle, en achète un exemplaire pour ses enfants, le retour des lecteurs est élogieux et Beatrix commande un second tirage de 200 exemplaires qui paraissent en février 1902.

L'initiative de Beatrix Potter de s'autoéditer incite son vieil ami, le chanoine Hardwicke Rawnsley, membre fondateur du National Trust, à reproposer le livre à Frederick Warne & Co, l'un des éditeurs qui l'avaient précédemment refusé, mais « voulait de la poésie » . Le chanoine crée alors une version en rime du texte de Beatrix et l'envoie à l'éditeur pour mieux coller, pense-t-il, à sa demande. Il y joint heureusement les dessins de Beatrix, la moitié de son manuscrit original et informe l'éditeur que des clichés existent déjà pour une impression privée à venir. Warne refuse poliment la version poétisée de Rawnsley qui ne répond pas aux critères du succès contemporain des livres pour enfants : « Nous pensons que la simplicité du récit, qui a été utilisée avec succès dans un petit livre paru l'an dernier intitulé Little Black Sambo, présente de nombreux atouts, même si vos vers recèlent de nombreuses bonnes idées qui pourraient être avantageusement intégrées. ».
Il lui demande le reste du manuscrit de Beatrix et s'enquiert, entre autres, de la raison pour laquelle toutes les illustrations ne sont pas en couleur. Rawnsley laisse alors Beatrix répondre elle-même, et celle-ci répond de manière abrupte : « Je n'ai pas colorié l'intégralité du livre pour deux raisons : le coût élevé d'une impression couleur de qualité et la couleur assez peu intéressante de nombreux sujets, la plupart étant brun comme les lapins, ou verts. ». Warne, qui cherche à publier des livres pour concurrencer le succès de Sambo comme il le lui avait signifié, répond à Rawnsley pour lui exprimer sa déception mais ne tergiverse pas sur la nécessité de la couleur : « Nous sommes persuadés que, pour que le livre soit un succès, il est absolument nécessaire que toutes les illustrations soient en couleur. Mademoiselle Potter semble penser que la couleur serait sans intérêt ; aussi, étant donné notre divergence d'opinions sur ce point? nous pensons qu'il vaut mieux décliner votre aimable offre, du moins pour cette année. » Le 16 décembre 1901, alors que Potter célèbre la parution de son édition privée, elle prend connaissance des conditions de publication du « Livre des lapins » par Warne : elle doit supprimer du texte et colorier les illustrations. L'éditeur laisse la porte ouverte à une publication mais le manuscrit est soigneusement remanié pour produire un livre qui se limite à 32 illustrations dont il suggère que « chacune d'elles soit en couleur ».
Convaincue par la sincérité de Warne, son tact et son professionnalisme respectueux, Beatrix Potter accepte finalement de revoir sa position et envoie des illustrations en couleur pour approbation aux Warne. L'un des illustrateurs à succès de la maison d'édition, L. Leslie Brooke, les examine et conseille aux Warne de publier le livre, prédisant un succès assuré. La possibilité de pouvoir enfin concurrencer les séries de livres miniatures de golliwogs avec un livre animalier aux illustrations en couleurs, décide Warne à publier le livre. En octobre 1902 paraît sa première édition The Tale of Peter Rabbit/ Le conte de Pierre Lapin dont les 28 000 exemplaires sont écoulés en trois mois, soit 7 000 de plus que Sambo en toute une année. Un second tirage de 16 500 exemplaires supplémentaires est mis sur le marché en 1903.
Beatrix a 36 ans, vit toujours chez ses parents, mais gagne sa vie de manière significative pour la première fois.

En 1905, Beatrix Potter achète avec ses revenus la ferme Hill Top à Near Sawrey dans le comté de Cumbria. Les dix années qui suivent voient la naissance de 23 albums qui forment une série de contes. La famille de Peter Rabbit s'agrandit : Jeremy Fisher le Crapaud, Cecily Parsley, Miss Moppet et bien d'autres évoluent dans un univers souvent cruel, alors que leur auteur, reconnue, se délivre peu à peu de la tutelle pesante de ses parents. Pour ces livres, elle s'inspire directement de sa maison et de la campagne environnante. Les lieux décrits dans Tom chaton et The Tale of the Roly-Poly pudding sont exactement ceux de la maison de Top Hill. Une autre ferme est bien le décor des aventures de Jemima Puddleduck. A Sawrey, des visiteurs reconnaissent la boutique de « Ginger and Pickles ». L'escalier dans la maison de Sawrey est celui décrit dans The tale of two bad mice.
En 1913, Beatrix soumet quatre histoires rédigées en 1911 à Country Life, la revue régionale de Lake District. Une seule est retenue pour être publiée, Fairy Clogs (Les sabots magiques). Elle raconte l'histoire de deux petits enfants qui s'aventurent sur la glace du lac et sont sauvés par un paysan. Le conte est publié dans l'édition du 25 octobre de la revue et signé « H.B.H. » pour Helen Beatrix Heelis, car elle s'est récemment mariée. Carrier's Dog, raconte l'histoire du chien d'un pilote de ferry qui se rend tous les jours au port après la mort de son maître. The Mole Catcher's Burying est un poème en prose sur un éleveur des environs de Hill Top. Pace Eggers relate un conte folklorique de la région des lacs. Les quatre récits sont publiés en 1971 par Leslie Linder dans A History of the Writings of Beatrix Potter.
En 1929, elle publie chez Alexander McKay à Philadelphie aux États-Unis The Fairy Caravan (La Caravane des fées), un livre destiné à des enfants plus âgés que ses contes, avec un long texte de plus de 200 pages, et dont la plupart des illustrations sont en noir et blanc. En février 1929, la revue de littérature jeunesse fondée par Bertha Mahony prépublie le premier chapitre. Une recension du livre paraît en novembre de la même année, précisant que l'action se déroule au coeur de la région des lacs et décrit ses paysages de vallons, de lacs, de rochers et de rivières. La fin du livre de Potter fait référence au dernier vers du poème de Walter Scott, Hellvellyn, « In the arms of Hellvellyn and Catchedicam ». Le poème de Scott était écrit en hommage à Charles Gough, mort durant l'ascension du mont Hellvellyn dans la région des lacs et dont le cadavre avait été retrouvé trois mois plus tard, un petit chien à ses côtés. Scott y exaltait la mort juste et significative de ce « doux amoureux de la nature ». Potter juge le contenu de The Fairy Caravan trop autobiographique et personnel pour une édition en Angleterre, mais y fait tout de même publier une édition limitée pour des questions de droits d'auteur. Ces cent exemplaires sont des tirés à part dont les dix-huit premières pages sont remplacées par des feuilles imprimées à compte d'auteur à Ambleside par George Middleton. Cette édition est signée « Beatrix Heelis » et n'est commercialisée en Angleterre qu'après sa mort. En 1952, le livre publié en Angleterre est éreinté par la critique de Margaret Lane, la biographe de Beatrix Potter que celle-ci avait refusé de recontrer de son vivant.
En 1932, Alexander McKay publie, uniquement aux États-Unis également, « Sister Anne ». Le long récit de la taille d'une nouvelle, reprend le conte de fées Barbe-Bleue. Potter souhaitait que l'histoire soit publié conjointement à « Fairy Caravan », mais l'éditeur refuse. Le texte est écrit par Beatrix mais illustré par une Américaine, Katharine Sturges. Cette ?uvre atypique s'adresse à un lectorat plus âgé que la collection des contes. Les personnages sont tous des adultes, et le conte est narré par des souris. « Sister Anne » n'a pas de succès et reste longtemps méconnu. La biographe Margaret Lane le qualifie en 1946 de « pratiquement illisible » et d' « échec prétentieux ».
Beatrix Potter est considérée comme une pionnière de la commercialisation de produits dérivés de ses créations, une démarche inhabituelle à l'époque. Elle crée elle-même les prototypes des objets et de jeux, négocie les droits avec les entreprises et suit personnellement leur fabrication. Inspirée par « Sunny Jim », la mascotte publicitaire d'une marque de céréales qu'elle découvre chez Harrods, elle décide de créer elle-même une Poupée de chiffon à l'effigie de Pierre Lapin. En 1903, elle dépose un brevet pour sa mascotte et trouve un fabricant. Les ventes sont un succès. Elle crée également un papier peint Pierre Lapin, dont les droits sont ensuite repris par Sanderson, une poupée en tissu à l'effigie de Jemima Canard-Mare, une théière Pierre Lapin et un jeu de société qu'elle fait d'abord tester par des enfants. Entre 1907 et 1917, elle développe toute une gamme de produit dérivés, des pantoufles à la papeterie en passant par des puzzles, des figurines peintes et des bibliothèques pour ranger ses ouvrages. Lorsque la guerre éclate et que la production ralentit, elle en profite pour se séparer des fournisseurs dont elle n'est pas satisfaite.
Après sa mort, ses droits sont légués à son éditeur Warne qui exploite de nombreux droits dérivés sur ses oeuvres après le passage de celles-ci dans le domaine public.
La maison d'édition Frederick Warne & Co ne dépose pas les droits d'auteur de Peter Rabbit aux États-Unis, une omission qui se traduit par des pertes de revenus dues à la diffusion de versions piratées comme celles illustrées par Virginia Albert et publiées entre 1916 et 1918 par Saalfield Publishing.
En 1917, après un détournement de fonds commis par un des frères Warne, Beatrix Potter renfloue l'entreprise avec ses fonds personnels et la sauve de la ruine.
La qualité des publications laisse à désirer et Potter tance notamment l'éditeur suite à la mauvaise qualité d'édition d'un « Almanach de Pierre Lapin » paru en 1929.
En 1936, Walt Disney approche Beatrix Potter pour lui proposer de faire un dessin animé du conte de Peter Rabbit, mais elle refuse, car elle pense que ses dessins ne sont pas assez précis pour un bon rendu sur un grand écran, mais peut-être également pour garder la main sur son oeuvre.
Après la mort de Beatrix Potter en 1943, la maison d'édition Warne s'approprie la notoriété des publications de l'autrice et cherche à en tirer le maximum de profit. En 1983, Warne est racheté par Penguin qui dépend du plus grand éditeur de livres au monde, le conglomérat international Pearson. Warne refait de nouvelles plaques d'impression pour les livres de Potter, améliorant ainsi la qualité de la reproduction des oeuvres. Mais l'éditeur revendique aussi des droits d'auteur jugés « agressifs » sur ces planches, car Pierre le lapin appartient déjà au domaine public au Royaume-Uni à cette époque. Warne s'appuie sur le fait d'avoir réorchestré les illustrations pour se déclarer « propriétaire de tous les droits, droits d'auteur et marques de commerce relatifs aux noms et illustrations des personnages de Beatrix Potter » et va jusqu'à apposer la mention « TM » sur l'image de couverture de l'album Peter Rabbit. Pour compenser l'expiration des droits d'auteur, l'éditeur dépose également de nombreuses demandes de marques aux États-Unis et dans l'UE pour tous les produits dérivés de Pierre Lapin possibles et imaginables. En 2006, on estimait que 450 entreprises sous licence à travers le monde détenaient les droits dérivés de fabrication d'articles Beatrix Potter allant des assiettes et tasses aux couvertures, bonbons et autres objets, générant chaque année un chiffre d'affaires de 255 millions de livres sterling. Cette appropriation d'?uvres du domaine public est qualifiée de « contrefaçon » par certains juristes.
Dans ses dessins, Beatrix Potter montre une connaissance intime des animaux. Elle a observé et dessiné la flore et la faune dans la nature et a possédé jusqu'à quatre-vingt-neuf animaux de compagnie tout au long de sa vie. Fine observatrice des lapins, ses dessins de souris, cochons, écureuils roux, hérissons, chats, chiens, renards, hiboux, moutons sont tous d'un réalisme saisissant montrant une observation précise de la structure musculaire et squelettique, des postures courantes et toute une série de mouvements caractéristiques de chaque animal. Leur anthropomorphisation dans des actions humaines est plausible et convaincante mais rendue avec un naturalisme remarquable.
L'anthropomorphisme de ses personnages est contrebalancé par la précision anatomique de son trait. Ses lapins ressemblent à des lapins et se conduisent comme tels. Leurs rapports avec les humains ne sont jamais édulcorés. Ainsi, le père de Peter Rabbit finit ses jours dans une tourte cuisinée par madame McGregor. Beatrix Potter cultive une exigence du mot juste. Convaincue que les enfants sont sensibles aux mots qu'ils apprennent, elle s'est toujours refusée à remplacer un terme, si difficile soit-il, par un autre, plus simple mais moins précis.

Beatrix Potter détestait la publicité, fuyait les interviews et les apparitions publiques et, bien que multimillionnaire grâce à ses succès éditoriaux, n'a guère voyagé en-dehors de l'Angleterre et l'Écosse. Nous ignorons même à quoi ressemblait sa voix. Bien qu'elle soit décédée en 1943, une période où existaient déjà des enregistrements, on ne connaît d'elle aucun enregistrement audio ou vidéo. On sait par des témoignages de la famille d'Annie Carter Moore qu'elle avait la voix haut perchée, une voix tranquille et douce, et qu'elle faisait une petite moue quand elle racontait quelque chose d'amusant.
Elle souffre de problèmes de santé durant sa vie. Depuis son enfance, elle est souvent malade, souffrant de rhumes et de maux de tête. En 1887 elle contracte ce qu'on identifie à l'époque comme un rhumatisme articulaire aigu et perd une grande partie de ses cheveux. Deux ans plus tard, en 1889, elle est atteinte d'une maladie similaire qui provoque une malformation cardiaque permanente.
L'éditeur Frederick Warne & Co qui publie son premier livre en 1902, L'Histoire de Pierre Lapin, confie à son plus jeune fils Norman Warne (en) le suivi des publications de Beatrix Potter. Norman admire le caractère indépendant de l'autrice et Beatrix apprécie le sens de l'humour de son éditeur. Ils deviennent rapidement amis et échangent presque quotidiennement des lettres, car ils ne peuvent jamais se rencontrer seuls. Lors de leur rendez-vous, qu'ils soient professionnels, sociaux et familiaux, Beatrix, qui a plus de 35 ans, est en effet toujours encore accompagnée par un membre de sa famille. Les parents de Beatrix sont mécontents que leur fille fasse carrière et tentent de prévenir toute liaison avec un homme faisant profession dans le commerce, ce qu'ils considèrent inférieur à leur critères sociaux. Ils annulent ainsi un voyage de dessin à Surbiton qu'avaient prévu Beatrix avec Norman.
Le 25 juillet 1905, Norman fait une demande en mariage par lettre à Beatrix, demande qu'elle accepte. Mais ses parents désapprouvent l'union et la nouvelle est gardée secrète parmi les proches. Début août, la famille Potter part en vacances au Pays de Galles à Llanbedr. Le 24 août, Beatrix écrit à Norman une lettre à propos de ses histoires en cours, mais celui-ci ne la lira jamais. Le lendemain matin, en effet, Beatrix reçoit un télégramme de la famille Warne lui annonçant que Norman est malade. De fait, il décède dans l'après-midi des suites d'une leucémie à l'âge de 37 ans.
Beatrix a 39 ans, elle est dévastée par le chagrin. La famille Warne est d'un grand réconfort pour elle et l'invite à séjourner chez eux. Millie, la s?ur de Norman, devient sa plus proche amie. Mais son chagrin ne la quitte pas pendant des années et elle porte la bague de fiançailles de Norman toute sa vie.

Le projet de Beatrix et de Norman était de s'installer à la campagne. À l'automne, elle décide d'acquérir Hill Top Farm, à Near Sawrey, dans le Lake District, une maison du XVIIe siècle avec sa ferme de 14 hectares, une propriété qu'elle agrandit pour y loger la famille de John Cannon, son intendant agricole. Malgré son statut de propriétaire, elle n'y vit pas car elle peut rarement s'absenter de chez ses parents dont elle reste dépendante. Pendant près de dix ans, elle doit même les persuader de louer des maisons voisines durant l'été pour pouvoir faire chaque jour elle-même une randonnée jusqu'à sa propre ferme. Cependant, elle continue d'acquérir des propriétés adjacentes en prenant soin de rassembler des parcelles pour protéger les versants, les forêts anciennes et les landes où paissent les moutons.
En 1908, elle rencontre Williams Heelis, un notaire de de Hawkshead qui l'aide à réaliser ses projets fonciers. Issu d'une famille nombreuse, sportif, cet homme aimable, de cinq ans son cadet, partage avec elle un amour profond pour la nature, demande Beatrix en mariage quelques années plus tard, une proposition qu'elle accepte avec joie. Mais une fois de plus, les parents Potter y voient une mésalliance, ce parti étant pour eux de rang inférieur. Son frère et ses amis plaident sa cause auprès de ses parents et elle l'épouse le 14 octobre 1913, à l'âge de 47 ans. Elle s'établit avec lui près de Hill Top, à Castle Cottage, une ferme plus grande qu'elle fait rénover, et s'implique ensuite pleinement dans la conduite de son domaine et la vie rurale.
L'année suivant son mariage marque le début de la Première Guerre Mondiale. À la mort de son père en 1914, elle installe sa mère dans le Lake District. Quelques mois avant l'Armistice de 1918, son frère Bertram, installé dans une ferme en Écosse depuis quelques années, meurt subitement. Après la Guerre, elle persuade sa mère de vendre la propriété de Kensington et l'installe dans une belle demeure à Lindeth How, toujours dans le Lake District, où elle réside jusqu'à sa mort en 1932.
En 1897, Beatrix Potter avait découvert l'importance des moutons Herdwick du Lake District grâce à son ami le chanoine Hardwicke Rawnsley. Soucieux de préserver la race, celui-ci avait contribué à la création en 1899 de la « Herdwick Sheep Association ». En 1907, deux ans après l'acquisition de sa ferme Hill Top, Beatrix, constitue son propre troupeau de Herdwick avec seize têtes, gardées par un chien de berger nommé Kep. Elle confie la régie de sa ferme et l'élevage de son troupeau à un berger, Tom Storey. En 1923, elle achète Troutbeck Park, une ferme de montagne avec un important cheptel de moutons et commence à développer un intérêt pour les concours de brebis Herdwick à mesure que son troupeau s'agrandit. Cette race perdait en valeur marchande à l'époque, car sa laine grossière convenait plutôt pour la fabrication de tapis à une époque où de nouveaux revêtements de sol comme le linoléum était en vogue. Mais Beatrix s'intéresse à cette race particulière de moutons, se documente sur le sujet et fréquente les foires aux moutons locales. Le Herdwick a la particularité de façonner le paysage par ses pâtures uniformes sur les landes communes. Le pâturage se fait sur des parcelles en plaine pour l'hivernage, mais le reste de l'année, chaque troupeau broute sur un « heaf », une portion des landes communes accessibles uniquement à pied. Les agneaux Herdwick apprennent de leurs mères les territoires où ils doivent retourner l'année suivante et peuvent rester ensuite sans surveillance, une caractéristique unique à cette race. C'est ce mode de vie et ce paysage que Beatrix s'emploie à préserver.
Elle parvient à se faire accepter dans le monde fermé et masculin des éleveurs de moutons du Lake District, participe à des expositions et devient elle-même juge. Elle est membre de l'Association des éleveurs de moutons Herdwick fondée par Rawnsley et en devient la première femme présidente en 1930. Entre 1930 et 1938, elle gagne de nombreux prix dans des concours de moutons Herdwick en Cumbria.
Beatrix Heelis, joue un rôle important dans la vie locale. Elle résiste farouchement aux tentatives des industriels de s'installer dans la région et de défigurer le paysage, s'intéresse à la préservation du mobilier traditionnel de la région en collectionnant des exemplaires achetés dans des ventes locales.
Elle mène une campagne pour faire nommer à Hawkshead une représentante de la Queen's District Nurses Association, une organisation caritative qui apporte des soins médicaux dans les zones rurales et autorise les Guides à camper sur ses terres.
Pendant la Première Guerre mondiale, la plupart de ses ouvriers agricoles rejoignent l'armée. Elle écrit alors au Times pour déplorer la pénurie de main-d'?uvre. Elle engage une volontaire inexpérimentée, qui proposa ses services après avoir lu la lettre. Elle s'implique physiquement dans des travaux agricoles, porte des charges et brave les éléments, s'habillant rustiquement et négligeant son apparence, au point qu'un clochard la prend un jour pour une des leurs et lui crie : « Il fait un temps triste pour des gens comme toi et moi. ».
Installée définitivement à la campagne dans le Lake District après son mariage en 1913, Beatrix est absorbée par son travail à la ferme. Elle souffre de problèmes de vue et consacre moins de temps à l'écriture et à l'illustration. Lassée de la célébrité de ses oeuvres et craignant les admirateurs, elle reste fidèle à sa discrétion habituelle et mène une vie sociale locale en tant que Mme William Heelis, et non Beatrix Potter. Elle demande à son éditeur de ne jamais révéler où elle se trouve et publie rarement.

Elle fait une exception en juin 1921 lorsqu'elle autorise Anne Carroll Moore (en), une bibliothécaire pour enfants new-yorkaise aux idées novatrices, à lui rendre visite. En escale à Londres, Moore venait de visiter des bibliothèques pour enfants dans la France de l'après-guerre et avait commandé en Angleterre pour la bibliothèque de Soissons cinquante exemplaires des toutes nouvelles éditions françaises de Pierre Lapin et Benjamin Bunny. La rencontre d'un après-midi se transforme en un séjour de plusieurs jours et donne naissance à une amitié indéfectible entre les deux femmes. Beatrix apprécie que sa demande de visite ait été faite au nom des enfants et non par curiosité. Admirative de son travail en bibliothèque publique, elle apprécie particulièrement que Moore considère comme son chef-d'?uvre le Tailleur de Gloucester, le livre duquel Potter est la plus fière mais qui s'est soldé par un échec commercial. Anne Carroll Moore ne se déplace jamais sans sa poupée en bois du nom de « Nicholas » qu'elle transporte partout avec elle et qui est un narrateur dans ses livres. Elle publie en 1932 Nicholas and the Golden Goose, où l'un des chapitres (Ch. IX, Nicholas visits Beatrix Potter) relate à travers le récit de son personnage Nicholas, sa propre rencontre avec Beatrix Potter. Elle s'y représente sous le nom d'Ann Caraway.
En août 1924, le peintre bostonien Charles Hopkinson (en) rend visite à Beatrix Potter à Hill Top avec sa femme et ses cinq filles. Beatrix Potter reçoit également la famille Field de Milton, dans le Massachussets avec laquelle elle entretient des liens à travers l'église unitarienne à laquelle elle appartient comme eux. Mais toute la famille fait bien attention pendant la visite de rester polie, surtout les enfants, car Beatrix Potter est réputée ne pas aimer les Américains. La famille reste en correspondance avec elle et elle envoie des lettres et des dessins aux enfants. Contrairement à l'Angleterre où ses livres sont considérés comme des objets, les ouvrages de Potter sont appréciés en Amérique pour leur qualité littéraire, et le Tailleur de Gloucester, son livre préféré, est un conte lu à haute voix aux enfants à Noël en Nouvelle Angleterre. Le public américain de cette région est aussi sensible à la dimension de préservation de la nature et de la culture traditionnelle pour laquelle Beatrix Potter oeuvre dans le Lake District. Elle apprécie la facilité du contact et de la conversation avec les américains qui, selon elle, l'ont sortie d'elle-même, elle qui était habituellement timide et renfermée.
De passage en Angleterre l'été 1924, la bostonienne Bertha Mahony Miller (en), fondatrice de la revue de littérature jeunesse The Horn Book Magazine, prend contact avec l'éditeur de Beatrix et tente en vain de lui rendre visite, mais sans succès. En 1925, elle travaille à l'édition d'une encyclopédie de la littérature enfantine, Realms of Gold, dans laquelle elle veut inclure des informations biographiques sur les auteurs. Elle écrit à Beatrix Potter pour lui demander le récit de la genèse de son travail, une lettre aujourd'hui disparue.
Beatrix fait état en décembre 1925 à Caroll Moore de deux lettres envoyées par Bertha Mahony Miller via son éditeur de Boston lui demandant à en savoir plus sur la genèse de son oeuvre. Beatrix, méfiante, a une aversion profonde la publicité et s'agace de la confusion fréquente avec la femme de Sidney Webb, un membre du gouvernement socialiste, dont le nom est Beatrice Potter, une homonyme avec laquelle elle n'a rien à voir. Elle lui fait transmettre un communiqué via la succursale new-yorkaise de son éditeur : « Beatrix Potter est Mme William Heelis. Elle vit dans le nord de l'Angleterre, au milieu des montagnes et des lacs qu'elle a illustrés dans ses livres. Son mari est avocat. Ils n'ont pas d'enfants. Mme Heelis a soixante ans. Elle mène une vie active et heureuse, vivant toujours à la campagne et gérant une grande ferme ovine sur ses terres. ».
Elle ne pense pas que quiconque ait besoin d'en savoir plus sur elle. Elle change cependant d'avis et entre en correspondance avec Bertha à partir de 1926. Elle lui envoie un long essai sur les origines de ses écrits, publié en 1929 dans Horn Book sous le titre « "Roots" of the Peter Rabbit Tales », et qui demeure l'un des documents les plus cités sur son ?uvre. Elle correspond avec Bertha jusqu'à sa mort en 1943, mais ne la rencontrera jamais.
En mai 1927, Beatrix envoie au nom de Peter Rabbit un appel à la revue Hornbook fondée par Bertha Mahonny, pour sauver une partie du rivage près de Windermere Ferry de la défiguration par des projets immobiliers. Les donateurs reçoivent en échange de 5 dollars une aquarelle originale signée par Beatrix. L'appel est publié dans l'éditorial de la revue en août 1927 sous le titre « Peter Rabbit and his homelands » accompagné d'un fac-similé de la lettre de Beatrix et d'un dessin.
Marian Frazer Harris Perry et sa nièce Betty Harris Stevens correspondent avec elle à partir de 1927 suite à l'appel de Beatrix et l'achat par Marian de plusieurs dessins. Elles se rencontrent en avril 1929 et Beatrix apprécie cette nouvelle amie américaine, anglophile convaincue et proche d'elle par son éducation et son milieu. Elles entretiennent visites et correspondance jusqu'à la mort de Beatrix en 1943.
Suite à l'appel à don de 1927 également, le jeune Henry P. Coolidge, âgé de treize ans, rend visite à Beatrix en septembre 1927 avec sa mère et se lie d'amitié avec l'autrice. The Horn Book Magazine publie son récit de sa visite en février 1928 et Beatrix le félicite pour son article : « J'ai été très satisfaite de la façon dont vous avez décrit votre visite ici ; c'était bien fait à tous égards, aucun mot de trop ni rien que l'on puisse détester ; et cela m'a permis de comprendre parfaitement le genre d'intérêt que les lecteurs des livres ressentent lorsqu'ils voient le lieu réel. ».
Eleanor Farjeon, pour le Horn book, et Helen Dean Fish, éditrice de livres pour enfants, rendent visite à Beatrix Potter dans son cottage en novembre 1929. La rencontre donne lieu à la publication en juin 1930 d'un article dans le magazine.
Beatrix Potter échange des dizaines de lettres avec ses correspondants américains entre 1921 et 1943. Sa correspondance avec Moore, Mahony, Henry P. Coolidge et d'autres, est publiée en 1982 par Jane Crowell Morse aux éditions Horn Book sous le titre « Beatrix Potter's Americans : selected letters ».
Dans ses lettres à Marian Perry et Ann Caroll Moore, elle traite souvent de questions politiques et exprime ses craintes envers la montée en puissance d'Hitler en 1938 et 1939, puis tout au long de la guerre, où elle envisage un moment l'évacuation d'enfants d'Angleterre vers les États-Unis. En juin 1942, elle reçoit un colis de Bertha Mahony Miller avec des vivres et notamment du jus de citron. On apprend incidemment dans sa correspondance qu'elle est affectée par une bronchite. En 1943, elle a encore la possibilité de voir la guerre tourner en faveur des alliés et écrit à Bertha Miller : « I have survived to see Hitler beaten past hope of recovery! » (J'ai survécu assez longtemps pour voir encore Hitler vaincu, sans espoir de s'en remettre !).
Dans une dernière lettre à Marian Perry en décembre 1943, elle dit être atteinte à nouveau de sa bronchite depuis septembre mais se réjouit d'avoir survécu pendant la guerre. Elle meurt le 22 décembre 1943, mais la nouvelle de sa mort ne parvient aux États-Unis que début janvier 1944 et le New York Herald Tribune lui consacre une nécrologie.
Elle meurt à l'âge de 77 ans, le , des suites d'une bronchite et d'un trouble cardiaque à son domicile à Castle Cottage à Sawrey, en Cumbria. Trois jours après sa mort, le jour de Noël 1943, son mari William Heelis remet ses cendres à Tom Storey et lui demande, selon la dernière volonté de Beatrix, de les disperser près de Hill Top dans un endroit seul connu d'elle et du berger. Elles sont dispersées à l'endroit désigné. Tom Storey transmet l'emplacement à son fils avant de mourir, afin qu'il y ait toujours quelqu'un qui le connaisse, mais ce dernier meurt ensuite subitement et on pense désormais que personne ne sait où reposent les cendres de Beatrix Potter.
Beatrix Potter confère à son mari l'usufruit de ses droits d'auteurs sur ses ouvrages et ses produits dérivés. Après la mort de celui-ci, c'est Frederick Warne Stephens, le neveu de Norman Warne, son éditeur et fiancé mort prématurément, qui hérite de tous les droits et droits dérivés, ainsi que de toutes ses actions dans la maison d'édition.
Elle lègue au National Trust 14 fermes, 4 000 acres (16 km) de terre, ses troupeaux de moutons Herdwick et, bien sûr, ses lapins, qui, affirmait-elle, étaient les descendants du véritable Peter Rabbit. À sa mort, l'ensemble de ses propriétés, qui comprend 15 fermes et de nombreux cottages, est estimé à 211 000 livres sterling (entre 14 et 35 millions d'euros). Dans son testament, elle exprime le souhait que le Trust les loue et les gère de la même manière qu'elle l'avait fait, ses biens immobiliers devant continuer à être loués « à des loyers modérés à la même catégorie de locataires ». Les troupeaux de moutons de ses fermes doivent être maintenus en race Herdwick pure. Elle interdit la chasse à courre avec des chiens de chasse, la chasse à la loutre et aux busards sur ses terres. Elle demande également à ce que le jardin clos et le bois d'Outgate soient donnés au National Trust pour en faire une réserve d'oiseaux. Elle légue 400 £ à son berger Tom Storey et lui demande d'en reprendre le bail. Celui-ci exploite Hill Top Farm jusqu'à sa retraite puis cède le bail à son fils.
Les terres léguées par Beatrix Potter constituent un élément central du National Trust dans le parc national du Lake District, la plus grande et la plus populaire réserve naturelle d'Angleterre. L'ironie veut que sa célébrité alimente désormais dans cet endroit un surtourisme qui menace les paysages qu'elle s'est efforcée de préserver.
Beatrix Potter lègue plus de 450 dessins naturalistes à l'Armitt Museum Gallery d'Ambleside.